L’erreur de trop – L’échappatoire

L'erreur de trop - Echappatoire, kaléidoscope de moi, bamba aida marguerite, nouvelle

Je me regarde dans le miroir de la chambre avec appréhension. J’ai les lèvres écorchées, le cou bleu par endroit, le corps pris de tremblement. Je n’ai jamais été agressée auparavant. Jamais…

Passé ce moment de folie dans la chambre de Monsieur D. La terreur a pris le dessus. Je ne sais pas ce qui m’a pris de lui rendre son baiser mais là je suis morte de peur. Je veux rentrer chez moi, je ne veux plus être ici. Mais quand je pense à ma promotion, à mon nouveau salaire, à ma voiture de service, et au fait que je pourrais perdre tout cela et même plus, je m’effondre en larmes sur le sol de la salle de bain.

Ce soir, il y a le diner avec tous les participants. Je me dois d’être là pour ne pas faire jaser. Je cherche dans mes affaires une écharpe assez grande pour me couvrir le cou, et je me maquille en insistant sur le rouge à lèvres pour camoufler les lésions. Je respire un bon coup et je sors de la chambre. Mon estomac est en dessous de ma ceinture tellement je crains de croiser monsieur D dans le couloir.

J’arrive à la salle de réception en rasant les murs et je me précipite vers ma nouvelle amie Miss B quand un serveur me prends par la main pour m’indiquer ma place. Je lui demande s’il est possible d’effectuer un changement mais il me répond par la négative. Je m’installe à la place qu’il me montre et manque d’éclater en sanglot en voyant le nom de mon voisin. Je dois trouver une excuse. Un malaise quelque chose mais je ne peux pas rester là. Mon amie glousse comme une pintade avec son patron. Apparement ils ont profité de cet après-midi. Elle ne me jette même pas un regard comme si elle sait ce qui s’est passé. Et F qui ne me parle plus…

Je me tourne vers ma voisine d’à côté, une dame d’un certain âge qui s’avère être la directrice financière d’une grande entreprise cliente de notre banque. Je discute avec elle de son impression sur l’hôtel, des réalités qu’elle rencontre dans son travail en tant que femme. Elle est ravie d’échanger avec moi et moi je suis heureuse de pouvoir me focaliser sur autre chose. Je ne sais pas si je dois lui parler de ce que je viens de vivre. Vu la réaction de miss B qu’est ce qui prouve que cette bonne dame me soutiendra ?

La table se remplit et finalement monsieur D vient se poser juste à côté de moi. Les entrées sont servies et moi, je fais comme si à côté de moi, il n’y a personne. J’enchaine les sujets de discussion au grand plaisir de ma voisine qui apparement s’ennuyait grave. Je manque d’avaler ma bouchée de crevettes à l’avocat de travers quand je sens une main qui s’infiltre dans mon pantalon. Ma voisine me regarde d’un air inquiet.

  • Vous allez bien ma chère ?
  • Oui oui arrive-je à répondre en prenant mon verre d’eau d’une main tandis que de l’autre, le plus discrètement du monde j’essaye d’ôter la main de monsieur D de mon entre-jambe.
  • Si vous ne vous sentez pas bien, vous devriez retourner en chambre vous reposer. On se verra demain au petit-déjeuner. J’aime bien votre compagnie.
  • Je hoche la tête ne pouvant ouvrir la bouche.

La main de monsieur D a atteint ce que je suppose être son objectif. Je n’arrive pas à l’enlever. Je décide de me lever mais manque d’hurler de douleur quand il me broie presque le genou. Il s’approche de mon oreille et me murmure.

  • Si tu bouges tu auras terriblement mal. Reste et profite du diner.

Qu’est ce que je dois faire ? Seigneur ! Je suis au bord de la crise de nerf. Je m’accroche désespérément à mon verre d’eau avant de me tourner vers ma voisine qui semble visiblement inquiète pour moi.

  • Je vais mieux, je pense que je vais finir de diner ici avant de retourner en chambre. Alors de quoi parlions nous ?

Visiblement rassurée, ma voisine recommence à me parler tandis que j’essaye de rester impassible. Mais à un moment, entre le dessert et le café, je perds pied. Je profite de l’absence de ma voisine qui est allée se rafraichir au toilette pour baisser la tête et mordre mon torchon. Je mors de toutes mes forces pour étouffer les gémissements sourds qui montent de ma gorge. Mon corps est perlé de sueur et quand les ultimes vagues s’achèvent, je suis rouge comme une crevette à peine cuite. Je me tourne vers monsieur D à bout de souffle et le voit se lécher les doigts.

Ma voisine revient à temps avant que je me jette sur ce malotru devant tout le monde.

  • Je pense que vous avez fais votre possible me lance t’elle en me prenant la main. Je vous accompagne dans votre chambre.

Je la suis avec reconnaissance. Je sens peser sur mon dos le regard de monsieur D. Madame S, m’accompagne en silence jusqu’à ma chambre et devant la porte elle me prend la main.

  • Je suis heureuse de vous connaitre. Vous êtes une belle âme. Certaines personnes n’auraient pas pris la peine d’échanger avec moi, mais vous non. Vous donnez des couleurs à ce séjour que je trouve trop long. Je profite donc pour vous faire une proposition. Je suis à la recherche d’une assistante, la mienne s’est mariée et a décidé de se concentrer sur sa famille. J’ai vu qu’il y avait des tensions entre votre responsable et vous. Si vous souhaitez me parler, je suis là mais sinon, voici une offre sur la table.

Je ne sais quoi dire à part un merci à Dieu pour cette échappatoire qu’il m’offre. Je ne parle pas de ce que je vis depuis le début de cette journée. Je parle du fait que je suis nouvelle à ce poste et de ce que la banque me paye ainsi que des avantages. Elle sourit et me dit que demain, elle me fera une offre. Je suis tellement heureuse que je la serre dans mes bras. Elle me sourit avec tendresse avant de retourner à sa chambre.

J’entre dans la mienne et je me jette sous la douche pour effacer à coup d’eau chaude ce que Monsieur D vient de me faire subir. Il a réussi là où beaucoup pour ne pas dire tous ont échoué à me faire franchir un palier de plaisir que je ne pensais pas exister. Je m’en veux d’avoir ressenti cela, j’en veux à mon corps.

je tape de toutes mes forces contre les vitres de la salle de bain pleine de buées. Je cris ma colère, contre moi, contre monsieur D, contre F qui n’a pas été assez convaincant. Il aurait pu m’éviter ce voyage. Il aurait pu…

  • Tu penses que crier changera ce que tu as ressenti il y une heure ?

Monsieur D est dans mon dos ou c’est dans ma tête ? Peut être que je deviens folle aussi. Il n’a quand même pas osé escalader la balustre de séparation de nos chambres ! je ne veux pas me retourner pour rendre cela plus réel. Si je ferme les yeux assez longtemps…

  • Je serai toujours là. Tu ne rêves pas. Et oui j’ai escaladé la balustre de séparation. Et oui, je lis dans tes pensées.

Je sens son souffle dans mon dos et je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à l’affronter. À me retourner et à me battre. Je ne comprends pas pourquoi mon corps et mon esprit ne se dirigent pas dans le même sens. Mon corps le veut et mon esprit le déteste. Et pourtant, quand il pose ses lèvres sur mon cou, quand il me passe les mains autour des hanches, quand sa virilité s’impose à moi, dans cette salle de bain embuée. Je me laisse aller. Demain est un autre jour. Demain, cela en sera fini de ce travail et de ça…

 

 

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Je suis d'abord Ingénieur des industries agro-alimentaire ensuite blogueuse, content writer, écrivain de nouvelles à mes heures perdues, passionnée de cuisine et de tout ce qui s'y rapporte, de musique aussi et enfin de ce qui aurait du passer en premier à savoir la lecture.

2 commentaires sur « L’erreur de trop – L’échappatoire »

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