L’erreur de trop – La proposition

L'erreur de trop - La proposition, kaléidoscope de moi, Bamba aida marguerite, nouvelle

La descente du travail enfin ! Je l’attendais avec impatience. Il faut dire que quand on est dans cet état, on n’a pas vraiment envie de trainer. On veut juste se retrouver dans l’intimité de sa maison avec un bol de chocolat chaud ou n’importe quel truc sucré.

À la descente, j’ai deux options. Emprunter le car de l’entreprise qui me laisse très loin de chez moi ou prendre la route avec F qui est très généreux et me dépose devant ma porte quand il n’est pas en voyage. Ce soir je ne sais pas trop. Je n’ai pas aimé sa dernière remarque à la pause de midi. Je sais, je peux parfois être rancunière et là, je le suis et pas qu’un peu. Donc, sur le parking en face de moi je me dirige avec assurance vers le car, ignorant mon cher F.

Quelle n’est donc ma surprise de voir le car partir sous mon nez. Avec tout ce sang menstruel, je ne peux me permettre de courir. Je suis arrêtée comme une conne sur le parking. Je ne veux pas me tourner vers F et sa berline. Je continue donc malgré le rire peu discret de mon ami derrière moi. Je vais prendre un taxi voilà tout !

J’arrive sur la route après avoir passée le portique et fait un coucou au gars de la sécurité. Derrière moi, j’entends la voiture de F ou d’une autre personne qui sait…
La voiture arrive enfin à mon niveau et c’est notre directeur financier. Il ralenti à mon niveau et descend sa fenêtre.

– Bonjour, vous êtes une de nos caissières n’est ce pas ?
– Oui oui, monsieur.
– Vous rentrez chez vous ?
– Oui monsieur.
– Allez montez, vous semblez épuisée.

J’hésite. Je ne connais le monsieur que de vue lors de la cérémonie de présentation. Je ne l’ai croisé ensuite que quelques rares fois. Mais je me dis que c’est peut être un signe de Dieu. Je ne vais pas rentrer dans la honte. Je monte donc à côté du généreux monsieur mais pas sans avoir au préalable affiché un sourire victorieux à mon cher F qui était derrière durant ce court dialogue.

Jusqu’au premier feu dans la voiture, il y avait un silence gêné. Bon, moi j’étais gênée. C’est un responsable quand même et pas des moindres. La voiture stationne au feu et le monsieur se tourne vers moi.

– Vous êtes dans la boite depuis combien de temps ?
– 5 ans monsieur
– Appelez moi, D. Je ne vous vois pas souvent dans les espaces communs de la banque.

Les espaces commun c’est en fait une grande salle avec pleins de machines pour finir notre argent et pleins de trucs à manger pour qu’on resplendisse d’embonpoint. Je n’y vais presque jamais parce que je tiens à ma forme mais aussi à mon argent.

– Non, je préfère me concentrer sur mon travail. Je vais à la cantine par contre.
– Je comprends pourquoi on ne se croise pas souvent. Vous aimez votre travail ?

Ok là, c’est forcement une question piège. Je dois bien tourner ma langue dans ma bouche avant de répondre où faire simple. Je choisis de faire simple.

– Le feu est vert monsieur !

La voiture se remet en route et je pense avoir échappé. Mais c’est mal connaitre monsieur D.

– Alors ?
– Oui ?
– Vous aimez votre travail ? Parce que je suis à la recherche d’une assistante en fait et vous pourriez monter en grade mais cela implique de beaucoup bouger dans l’entreprise et en dehors. Ce n’est pas un poste statique comme la caisse.
– Pourquoi m’en parlez-vous à moi ? Je suis parmi les plus jeunes caissières de la boite.
– Je ne sais pas trop mais je pense que vous m’inspirez confiance.

Je crois énormément au destin. Je me suis donc dis, là sur l’instant, que le fait que F m’ai parlé sur un certain ton plus tôt dans la journée avait entrainé ma décision de ne pas rentrer avec lui. Ensuite, le départ du car m’avait donné la chance de monter dans la voiture de monsieur D, parce qu’il y avait cette proposition dans l’air. Perdue dans mes recoupements, je suis interrompue par un raclement de gorge de monsieur D.

– J’ai combien de temps pour répondre ?
– disons jusqu’à vendredi.
– Ok, je vous donnerai ma réponse vendredi. Et je vais descendre ici. Je ne vais pas vous faire entrer dans le quartier.
– J’insiste pour vous déposer devant votre porte.

Dans le rétroviseur je vois la voiture de F. J’ai oublie de vous dire, lui et moi habitons en face l’un de l’autre. Encore une coïncidence super ennuyante. Mais pour rien au monde je ne quitterai cette petite maison que je loue dans cette rue de ce quartier chic.
Je n’insiste pas et monsieur D me dépose juste devant ma porte. Il descend m’ouvrir la portière tandis que F se range devant sa maison. Monsieur D ne fait pas attention à la présence de ce dernier ce qui me surprend un peu mais je ne dis mot.

– Je vous souhaite une bonne soirée et j’espère que vous penserez à ma proposition.
– Merci encore de m’avoir ramenée chez moi. Je vais penser à votre proposition monsieur D. Rentrez bien.

J’entre chez moi et referme la porte pour me retrouver au sol sous l’impact du bonsoir de ma chienne Poppy. La vilaine me lèche le visage avec application et je lui rends avec tout l’amour du monde ses câlins. Je me dirige ensuite vers ma chambre en me déshabillant au fur à mesure. J’entre dans la chambre en slip. Je balance les habits sales dans le panier et me précipite dans la salle de bain pour retrouver une jeunesse.

Une heure plus tard parce que je le vaut bien, je sors toute fraîche pour me concocter un petit truc à manger. Je vois dans la cour Poppy qui gratte la porte sans aboyer. Je me doute bien de qui se trouve derrière. Je me dirige donc vers la porte et je regarde dans l’oeil de boeuf. Mon cher F est posté derrière avec des sachets pleins les mains. Je lui ouvre et je retourne dans la cuisine, lui sur mes pas.

– Je suis venu me faire pardonner, je n’ai pas été galant ce soir.
– Tu m’étonnes !
– Je te demande pardon.
– Tu m’as acheté quoi pour te faire pardonner ?
– De la nourriture vietnamienne.

J’adore la nourriture vietnamienne. Dès que je sens l’odeur, je pardonne instantanément et F le sait bien. Je coupe donc le discours avec une grande bise sur sa joue et déballe la bouffe.
Il s’installe en face de moi tandis que je mets les couverts et un peu de musique. Les sauces dans les bols, je fais un partage équitable et je prends un nem aux crevettes que je mouille sans retenue avant de le fourrer dans ma bouche.
F chipote, et je sais qu’il a envi de me poser des questions. Je le laisse mariner dans son jus. Je connais mon élément. Il va forcement se dévoiler.

– Tu connais le directeur financier depuis longtemps ?
– Non juste depuis ce soir.
– Tu veux que je crois une chose pareille ? Il t’a déposé devant ta maison !
– Oui et alors ? Il est galant c’est tout.
– Et pourquoi à ta descente tu as dis que tu y penserais ? Tu penseras à quoi ?
– Une promotion
– Une promotion ?
– Je parle en français F, donc oui une promotion. Et si on mangeait maintenant je meurs de faim…

 

À lire ensuite : L’erreur de trop – La promotion

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Je suis d'abord Ingénieur des industries agro-alimentaire ensuite blogueuse, content writer, écrivain de nouvelles à mes heures perdues, passionnée de cuisine et de tout ce qui s'y rapporte, de musique aussi et enfin de ce qui aurait du passer en premier à savoir la lecture.

4 commentaires sur « L’erreur de trop – La proposition »

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